Respiration orthodoxe

Publié le 27 septembre 2019

Pour vous plonger dans l’ambiance de cet article, lisez-le en écoutant ce chant orthodoxe interprété par frère Baudouin-Marie et frère Pacifique :

 

Si la rencontre avec le Christ, dans un cœur à cœur nourri par le silence, constitue la grâce propre du désert, il est des jours où la charité commande de quitter la retraite pour oser la rencontre. Au fond ne s’agit-il pas d’un rythme profondément humain, accordé au divin, ou l’expiration succède à l’inspiration ? Au risque de mourir en expirant plus que l’on inspire, ou d’imploser en inspirant sans exploser, la sagesse du désert, celle du bon sens retrouvé, commande la respiration. C’est ainsi que pour fêter le 15 août dignement, nous sommes allés, accompagnés d’un frère aîné et même d’une “sœur ermite”, rendre visite à nos frères orthodoxes du monastère de la Dormition de la Mère de Dieu.

Monastère Notre Dame de la Dormition

Arrivés avec un léger temps de retard bien johannique, nous pénétrons dans la chapelle, en plein office de vêpres. En franchissant la porte, c’est un monde qui s’efface, un nouveau qui s’ouvre à nous: l’odeur de l’encens emplit nos narines débouchées, valsant dans la pénombre, les lumières illuminent les magnifiques fresques, enivrant nos regards, tandis qu’à nos oreilles raisonnent les psaumes et faux bourdons s’égrenant au rythme rapide des siècles du passé. L’Écriture nous livre alors un peu de sa saveur : “Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur” (Psaume 33).

Icône écrite par un moine du monastère
Encore éblouis par la lumière du dehors, nous distinguons une masse noire qui se dirige vers nous. C’est un moine, coiffé et barbu, qui d’un geste sans appel nous invite à prendre place dans les stalles des fidèles. L’office divin poursuit sa course trépidante et il semble que rien ne peut l’arrêter : psaumes, intercessions, alléluias, hymnes, encensements (avec grelots), vénérations des icônes, tout y passe et nous tentons le souffle court d’accorder nos prières à celles de nos frères orthodoxes. Une dernière salve d’alléluias et de gloire au Père synchronisés avec autant d’inclinaisons et l’office est conclu.

La dizaine de moines se retire et nous restons seuls avec et l’higoumène, le frère Silouane pour visiter la chapelle encore toute baignée des échos de la prière. Lorsque les voix se taisent, ce sont les murs, leurs somptueuses fresques, ainsi que les icônes qui prolongent la louange de Dieu. Nous voici bien loin du dépouillement d’un temple protestant…

Autour d’un verre de l’amitié bien orthodoxe, la discussion se poursuit, passant de la beauté des fresques et des chants, sujets “encore bassement humain” nous dit frère Silouane, à la prière et l’union à Dieu. Et l’on se prend à rêver d’un 3e concile de Lyon qui réussirait là ou le second avait échoué : l’unité de l’Église d’orient et d’occident. L’histoire des moines qui vivent au monastère nous fait vite redescendre sur terre : la majorité des moines sont des anciens catholiques n’ayant pas trouvé de nourriture substantielle dans l’Église… Le message est clair, nos échanges sont vrais, dénués du fard de l’hypocrisie, la rencontre prend alors toute sa valeur : l’unité se fonde sur la vérité, une vérité plus grande que nous, qui est au fond, l’appel à suivre le Christ.

Frère Baudouin-Marie

→ Revenir à la newsletter du noviciat

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *