La joie dans l’Évangile de Luc

Publié le 26 décembre 2020

      Je trouve que le temps de Noël est l’un des meilleurs moments de l’année liturgique pour parler de la joie. Je désire partager avec vous quelques petites découvertes qui ont été une source de vitalité et d’inspiration pour moi. Il s’agit de la joie, tel que Luc nous la révèle dans son Évangile. Qu’est-ce que la joie ? D’où vient-elle ? Quelles sont les différentes formes de joie présentes dans son Évangile ? Je me sers de quelques notes de bas de page de la traduction de l’Évangile de Luc par Édouard Delebecque et d’un peu de créativité personnelle.

 

      Parmi les paraboles de Jésus, je vous propose d’en regarder deux : l’homme riche qui amasse ses richesses dans des greniers (Luc 12, 16-20) et le riche qui a Lazare près de son portail (Luc 16, 19-31). La première mentionne que l’homme riche se dit en lui-même, en voyant les fruits abondants de sa terre : « Mon âme repose-toi, mange, bois, fais la fête » (ou « fais bombance », selon la traduction). Dans la seconde parabole, le riche est présenté revêtu de pourpre et « qui festoyait (faisait bombance) chaque jour ». Dans les deux situations, Luc emploie le même mot grec qui « s’applique aux joyeusetés matérielles d’une fête, qui écartent de la pensée de Dieu ».

      Nous pouvons retrouver une autre forme de joie, d’une manière éminente, chez le Christ (Lc 10, 21), chez Marie (Lc 1, 47), chez Jean-Baptiste (Lc 1, 44) et dans la promesse de l’ange envers Zacharie (Lc 1, 14). Elle est exprimée par un mot grec distinct de celui employé précédemment et qui est souvent traduits par le mot allégresse.
Au retour des 72 disciples, envoyés en mission, Jésus est transporté d’allégresse par l’Esprit Saint « à l’idée du Salut qu’il leur apporte » (et qu’il nous apporte aussi).
Marie, dans son cantique d’action de grâce, est transportée d’allégresse (ou « exulte », selon la traduction) à la vue du Salut que son Seigneur apporte.
Jean-Baptiste « bondit d’allégresse » dans le sein d’Élisabeth à la voix de Marie et à la proximité du Salut qu’elle porte en son sein, dans la personne même de Jésus.
L’ange promet à Zacharie qu’avec la naissance de Jean (le début, pour Luc, du Salut d’Israël et de l’humanité) il aura « joie et allégresse ».
Je vous propose de nommer cette allégresse, qui est spécifique à la promesse du Salut, « la joie de l’Avent » : une joie qui est en train de s’accomplir, qui n’est pas encore accomplie et ui attend d’être plénière.

      La joie, chez Luc – au sens théologique du terme – est désignée par un nouveau mot grec (χαρά), distinct des autres, qui est traduit simplement par joie. Nous retrouvons le sens et l’usage particulier de ce mot grâce aux multiples contextes d’emploi.

Giotto : les Anges de l'Annonce aux bergers | Ange gardien, Art à thème ange,  Sculpture d'ange

      Dans un ordre chronologique, cette joie est annoncée pour la première fois par l’ange à Zacharie : « tu auras joie et allégresse » (Lc 1, 14).
À la visite de l’archange Gabriel, Marie reçoit la salutation, traduite littéralement par « Réjouis-toi ». Nous retrouvons le même mot grec, mais dans la forme d’un verbe à l’impératif. Il s’agit bien d’une invitation à une joie qui lui est donnée en même temps.
En Luc 2, 10 les bergers reçoivent, de la part d’un ange, l’annonce « d’une grande joie ». Hormis l’aspect chronologique et les personnes qui se trouvent dans la première ligne du mystère du Salut, l’intention de Luc est peut-être de nous révéler que les premiers « destinataires » de cette joie sont les « petits », les humbles.

      Ce même mot, cette même joie, traverse tout l’Évangile de Luc d’un bout à l’autre : Luc 8,13 ; 10,17 ; 15,10 ; 24,41 ; 24,52. Il s’agit « d’une joie de qualité supérieure, ancrée au fond du cœur, causée par la proximité de Dieu ou l’intimité avec Lui ». Je propose de nommer celle-ci « la joie de Noël », qui pour nous est une personne : Jésus-Christ.

      La dernière mention de cette joie se trouve au chapitre 24, verset 52. C’est le terme de l’Évangile de Luc : après avoir rencontré Jésus ressuscité et après l’avoir vu s’élever vers le ciel, les disciples « retournèrent à Jérusalem pleins d’une grande joie ».
Deux points sont révélés. Premièrement, c’est la même construction des mots qu’on retrouve dans l’annonce, de la nuit de Noël, aux bergers : « une grande joie ». Le Salut est inhérent à la joie.
Deuxièmement, cette joie ne s’enferme pas dans un cercle clos, mais elle s’ouvre aux habitants de Jérusalem et « à toutes les nations » d’après le commandement de Jésus au chapitre 24, verset 47. Jérusalem est bien le lieu de départ de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Les disciples retournent à Jérusalem, empreints et habités de cette joie pour la communiquer à tous ceux qui recevront leur annonce. Par là, Luc nous révèle que le disciple de Jésus, après avoir reçu la joie du Salut, reçoit la mission d’être un ferment de cette même joie parmi les Hommes.

      En conclusion, la joie de Noël m’est donnée dans la proximité et l’intimité du « nouveau-né, langé et couché dans une crèche » (Lc 2, 12) et, en la recevant, je ne peux pas la retenir pour moi-même, car elle va me pousser à la communiquer aux hommes et aux femmes de mon quotidien.

Frère Vladimir